C'est l'histoire d'un asticot en partance

« Assez de ne vivre que parmi des mouches ! Elles sont toutes plus idiotes les unes que les autres. Se font attrapées dès le moindre pot de miel ouvert! Font les malines en venant taquiner les badauds, en revenant irrémédiablement à la charge sous le nez les uns des autres pour finir écrasées sous la tapettes de ceux-là même qu'elles ennuyaient ! »

L'asticot espère tant ne pas appartenir à cette famille d'insectes qu'il décide de s'en éloigner pour oublier...

 

Il s'approche d'une mare où de superbes demoiselles naviguent entre airs et flots

« Qu'elles sont scintillantes ! Et qu'elles volent avec subtilité ! On dirait un ballet d'opéra ! Que j’aimerais appartenir à ce genre d'individus !»

Quand soudain il entend des plaintes venues du fond de la mare :

« Regardez comme elles sont pataudes ! C'est terrible ! » s'exclament les larves de libellules au sujet de leurs parents «  Elles vont narguer les crapauds mais finissent irrémédiablement au fond de leur jabot ! Ah, que donnerions nous pour ne pas appartenir à cette famille ! »

L'asticot s'étonne et repart sur sa route

 

A l'orée d'un bois, il tend l'oreille et se laisse bercer par le doux chant du coucou : à la fois surprenant et mélodieux ; autant répétitif qu'entraînant,

« Voilà un animal à qui j'aimerais ressembler ! C'est sûrement lui, le maître des lieux ! »

Mais entre 2 coucous, ils perçoit des soupirs d'exaspération :

« Écoutez les, ils appellent ça des chansons ! Et coucou par ci, et coucou par là ! Si au moins ils s'occupaient de nous ! Quels parents indignes ! » se plaignent les gros œufs dans de si petits nids.

L'asticot interloqué, reprend son chemin.

 

Mais le chemin a beau l'éloigner de ses parents, le temps, lui, le rapproche irrémédiablement de lui-même et il sent l'heure de la mutation pointer le bout de son nez

« Ça y est, c'est trop tard, je vais devenir celle que je ne veux surtout pas être... »

Alors elle s'arrête tout près d'un groupe d'hommes, espérant qu'ils abrègent rapidement sa vie qui,selon elle, ne vaut d'être vécue en l'état de mouche...

Lorsque la mue s'achève enfin, la mouche est accueillie non pas avec des gifles, mais avec des révérences !

« Regarde la beauté de cet insecte, symbole de la puissance et de la vie éternelle, il est sacré. Grâce à lui, l'équilibre du cycle de la vie et de la mort est maintenu. Nous lui devons le respect » dit un père à son enfant

« Comme j'aimerais être lui plutôt que moi ! » pense tout haut le jeune garçon

« Mais la vie a besoin de toi tout comme elle a besoin d'elle. » rassure le père en enlaçant son fils  « Tu ne peux accomplir ta mission que tel que tu es et non tel que tu aimerais être, ou tel que tu crois devoir être. Tu es toi, ce que tu es, et grâce à ça, tu es précieux pour la vie. Aime toi tel que tu es et la vie t'aimera ainsi. »

 

La mouche en partance retient ces mots et se jure de les transmettre un jour à son fils. Elle peut rentrer auprès des siens, et fera une halte à l'orée du bois et à la mare, pour transmettre ces paroles à ceux qui tendront l'oreille